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Réserve Citoyenne

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Réserve Citoyenne du Gouverneur militaire de Paris


Le survivant de la chambre d'Auschwitz.

Publié par Réserve Citoyenne Armée de Terre IDF - CDT Rignault sur 28 Mars 2016, 14:07pm

Catégories : #Mémoire

Le survivant de la chambre d'Auschwitz.

En Pologne.

Né le 31 janvier 1929 à Lodz en Pologne, Joseph Wajsblat grandit dans une famille pieuse. Son père, orfèvre, veut faire de son fils un rabbin. Jo va d’ailleurs au heder, l’école religieuse talmudique. Il vit avec ses parents, ses frères, Jonathan et Henri, et sa sœur Haya-Sarah rue Franciskaïa, dans le quartier du Balut. Jo est très proche de ses grands-parents maternels qui vivent dans un petit village du nom de Konstantyne et chez qui il va souvent se réfugier. Les Wajsblat vivent au rythme des fêtes religieuses qui sont l’occasion des réunions familiales.

La Seconde Guerre mondiale et le ghetto de Lodz.

1939. La guerre éclate. Les Juifs de Pologne sont d’autant plus inquiets qu’ils entendent parler du traitement de leurs coreligionnaires en Allemagne. Beaucoup de Juifs de Lodz décident de partir en URSS ou en Palestine. Mais pour le père de Jo, il en est hors de question. L’idée d’abandonner son atelier l’en empêche. « Ils n’oseront pas prendre mes machines : elles sont anglaises », dit le père de Jo à son cousin qui le pousse à partir. L’armée polonaise est vaincue. Les nazis entrent dans le pays. Et à partir de là commencent les scènes de pillages des magasins juifs, la mise en place des lois antisémites et les mauvais traitements…

Les Allemands, comme dans la plupart des villes, regroupent la population juive. A Lodz, l’instauration du ghetto a lieu le 8 février 1940. Les Juifs ont l’interdiction formelle de sortir, ce qui rend leur vie difficile. Dès les premiers temps, la nourriture vient à manquer. Il faut donc s’organiser pour survivre. Jo et son frère Jonathan arrivent à aller à l’extérieur des murs pour trouver de quoi manger. Ses parents sont malades. Jo trouve un job dans un atelier de fabrication de bijoux puis dans un atelier de métallurgie. Mais la misère est telle que ses parents ne survivent pas au manque de soins et de nourriture. Iser Wajsblat meurt en 1941 et Kalya-Rachel en août 1943. En juillet 1942, Jo assiste également à la rafle qui emportera son petit frère Henri, âgé de 9 ans, avec plein d’autres enfants du ghetto, vers le camp de Chelmno où il sera gazé dans des camions. « Dans l’appartement, raconte Jo, c’était soudain le silence. Ma mère a lavé Henri dans le baquet à lessive, elle l’a habillé de ses beaux vêtements de Shabbat en lui donnant des vêtements de rechange. Ils se sont embrassés. Avec ma sœur Haya-Sarah, on est descendu avec lui. Il y avait une charrette en bas avec d’autres enfants. Ma sœur et moi nous l’avons suivi pour le rassurer. Puis on nous a renvoyés. Je n’ai jamais revu mon frère ».

A la mort de sa mère, sa tante Esther vient s’occuper d’eux. Elle sera déportée, elle aussi, avec Jonathan et Haya-Sarah à Auschwitz lors des dernières rafles du ghetto pendant l’été 1944 et ils seront gazés dès leur arrivée.

Jo se retrouve seul. Il rencontre Meyer Leiserovicz, un boulanger du quartier, qui habite le même immeuble. Il restera avec ses amis boulangers jusqu’à sa déportation vers Auschwitz à la fin de l’été 1944.

A Auschwitz.

Son convoi a parcouru les 250 km qui séparent Lodz d'Auschwitz en une nuit et une demi-journée. Entassées dans le wagon à bestiaux, beaucoup de personnes malades et exténuées meurent de faim et de soif.

Quand ils arrivent, il est environ midi et le ciel est bleu. « C’est d’abord avec un énorme soulagement. L’air entre dans le wagon : on est arrivé. Où ? On l’ignore, mais cela importe peu. On va pouvoir respirer et peut-être boire », raconte Jo. Dehors, il y a une grande agitation. « Il y a des soldats allemands et des hommes étranges, très maigres, en pyjamas rayés de bagnards, coiffés de bérets. » La plupart de ces hommes restent muets aux nombreuses questions posées par les nouveaux déportés. D’autres, par contre, les apostrophent : « Pourquoi vous êtes-vous laissés emmener ici, pauvres idiots ? »

Sur la rampe, un prisonnier demande son âge à Jo. Il a 15 ans. L’autre lui dit de se faire passer pour un garçon de 17 ans. Ignorant totalement ce qu’il adviendra de la grande majorité des personnes déportées, certains se disent au revoir. C’est le cas de Meyer Leiserovicz qui dit à sa femme Fela et son fils Yankel de 11 ans : « Chérie, on se revoit à la maison, après la guerre ! » Sur la rampe, Mengele sélectionne. Jo et ses copains sont du bon côté. Il reçoit le numéro 67364.

Jo est dirigé vers le camp E dit des « Gitans ». Auschwitz, c’est l’endroit de « souffrances terribles, terribles, terribles », répète t-il en prenant sa tête dans les mains. Il raconte ce souvenir qui le bouleverse au point de le faire trembler : « Mon copain a rejoint son frère, Velvo, à la chambre à gaz. Il était comme mon frère. J’ai essayé de l’en dissuader. Mais il ne voulait pas laisser son frère mourir tout seul alors que leur père était déjà mort dans le ghetto en 1942. Il s’appelait Haïm en plus ce qui signifie la vie. Il m’a repoussé de force et il est parti. C’est comme si la moitié de moi était parti avec lui. Lui, je ne peux pas l’oublier, il me colle à la peau. »

Plusieurs fois, Jo évitera les sélections pour la chambre à gaz. Une première fois, il se hisse jusqu’à l’ouverture d’aération sous le toit du bloc et saute à l’extérieur. Un autre jour, il s’aplatit dans un fossé où il parvient à se dissimuler jusqu’à la fin de la sélection. Seulement, il ne peut échapper à la troisième sélection qui l’emmène au crématoire IV avec 500 ou 600 autres détenus.

« Autour de moi, dans la cour, l’agitation est intense. Des enfants sanglotent. D’autres disent la prière des morts. Nous sommes tous affaiblis, affamés, malades. SS et kapos n’ont guère de mal à nous pousser en distribuant des coups de matraque ou des coups de fouets. On nous entasse dans une pièce de plain-pied éclairée par des lampes au plafond. On est les uns sur les autres, mais on peut bouger. Je suis entré dans la chambre à gaz parmi les derniers et c’est ce qui va me sauver. Je n’entends pas se refermer les portes étanches mais soudain les lumières s’éteignent et il me semble qu’on commence à suffoquer…Je revois ma mère dans le ghetto, amaigrie, malade, disant avant de mourir : ‘Je rêve d’un jour où je pourrai mettre la table pour mes enfants et les faire manger à leur faim !’ Je revois mon père mourant, mon petit frère montant dans un camion. Et mon oncle me suppliant : ‘Essaye de survivre’ Combien de temps cela dure t-il ? Je suis incapable de le dire. Et soudain, j’aperçois un rai de lumière. La porte s’ouvre. Et on entend ‘Raus !’ (Dehors). Je me retrouve à l’extérieur avec une cinquantaine de garçons. En me retournant j’ai le temps de voir la chambre à gaz se refermer. »

Jo apprendra que celui qui a donné l’ordre de faire sortir les détenus est Mengele. Ce dernier n’a pas supporté qu’un autre SS décide d’une sélection sans l’avertir. Pour affirmer son autorité, il a, donc, ordonné que l’on ouvre la porte et qu’on en fasse sortir des prisonniers.

Quelques temps après, Jo réussit à intégrer un commando de travail pour l’Allemagne. En novembre 1944, il quitte Birkenau par la rampe où il est arrivé. Au terme d’un voyage d’une semaine sans aucun ravitaillement, il arrive au camp de Brunswick, dans le nord de l’Allemagne. Il y réparera des poids lourds. Il est ensuite évacué comme beaucoup de détenus vers d’autres camps en Allemagne. Il sera libéré par les Américains le 2 mai 1945 au camp de Wobelin.

En Israël – La guerre de 1948.

Jo reste sur Paris pour obtenir les papiers afin de partir en Amérique. Le jour de sa convocation à l’ambassade américaine pour aller chercher son visa, il tombe sur un journal yiddish, Unzer Wort, qui annonce que la guerre a éclaté en Israël. « Alors je me suis dit : « qu’est-ce que je vais aller en Amérique maintenant ? ». Je suis parti au 83, avenue de la Grande Armée, qui était le siège de l’Agence juive. Au fond de la cour, une maison en bois, dernier étage. Je suis parti pour m’engager. »

Jo fait partie des 630 Français volontaires (Mahal), juifs et non juifs, à s’être engagés pour aider le nouvel Etat pour sa survie. Pour lui, Israël représentait tout et il était naturel d’aller se battre aux côtés de ses frères. « Si on avait eu Israël à l’époque, pendant la guerre, il n’y aurait pas eu cette horreur par laquelle on est passé. Ni les chambres à gaz, ni les fours crématoires. Il n’y aurait pas eu tout ça. Israël comptait beaucoup pour nous. Si on relève la tête aujourd’hui, c’est grâce à Israël. » Il reçoit une formation au camp d’Arenas, près de Marseille, par des instructeurs de la Haganah. « Pendant une quinzaine de jours dans un camp, on nous a enseigné l’hébreu et formés de manière intensive au maniement des armes. La nuit nous avions des entrainements pour apprendre à ne pas faire de bruit, ne pas se faire remarquer. Un jour, on nous a avertis que nous partions. Au port, il y avait un pétrolier italien qui s’appelait Fabio. Le voyage a duré onze jours car le bateau est tombé en panne plusieurs fois. Enfin, on est arrivé dans le port de Haïfa. » « On nous a emmenés dans le camp d’Atlit, près de Haïfa, où l’on nous a donnés un uniforme militaire. Ils m’ont donné mon numéro. 93205. On a intégré le Palmach, une unité de combat. » L'activité principale du Palmach tient dans la lutte pour la prise de contrôle des routes, dans la protection des convois juifs, dans les assauts contre les bandes armées arabes et dans la prise des positions ennemies. « L’ambiance était extraordinaire. N’importe où, on se tenait main dans la main. L’un aidait l’autre c’était incroyable », se souvient-il.

Ben Gourion, le Premier ministre d'alors, avait comme priorité de défendre Jérusalem et garantir la liaison avec Tel-Aviv. « Nous avions comme mission d’ouvrir la nouvelle route de Jérusalem, ‘la route de Birmanie’. La ville, à l’époque, était bloquée. Il s’agissait d’une nouvelle route pour rejoindre Jérusalem », explique Jo. Il s’agissait de remettre en usage une piste de caravanes abandonnée passant plus au sud. L’opération commence à la fin du mois de mai 1948. La brigade Harel, une des trois brigades du Palmach, est une des plus importantes. Jo fait partie du 6e bataillon.

Avec ses compagnons, Jo est transporté jusqu’au Kibboutz Hulda. Ils ont pour mission de précéder les bulldozers qui vont rendre la piste accessible aux engins blindés. La zone est tenue par la Légion arabe de Transjordanie. Les volontaires encadrent les bulldozers et progressent lentement dans la poussière des explosions. Les tirs sont de plus en plus fréquents. Jo est touché. « J’ai ressenti une violente douleur au ventre. Avant de tomber, j’ai eu le temps d’appeler un camarade. » Son état est jugé inquiétant. Il est transporté à l’hôpital militaire. A la fin de sa convalescence, il rejoint son unité près de Kastel. Pendant un engagement, une balle traverse son casque. Venant de loin, elle a perdu une grande partie de sa force d’impact. Jo ne ressent qu’une sensation de piqûre. Il est de nouveau transféré à l’hôpital d’Abou Gosh. « Il y a eu de nombreux blessés. Dans le cimetière du kibboutz Kiriat Anavim sont enterrés des copains morts au combat. » Au bout d’une semaine, il rejoint son unité. La Route de Birmanie atteint Jérusalem. La liaison Tel-Aviv-Jérusalem est rétablie.

Son unité doit maintenant ouvrir la route vers le Néguev où les combats contre l’armée égyptienne font rage. Lorsque les forces égyptiennes sont repoussées, le bataillon de Jo doit surveiller cette zone, le long de la frontière. En février 1949, l’armistice est signé avec l’Egypte. L’unité de Jo doit rejoindre le golfe d’Akaba à l’extrême sud du pays puis effectuer des patrouilles dans le Néguev.

Au printemps, Ben Gourion dissout le Palmach dont les combattants sont répartis dans différentes unités de Tsahal. Jo est affecté à la brigade Golani, section des mortiers lourds. « Je suis resté presque deux ans en Israël jusqu’à ma démobilisation. Je suis ensuite revenu en France. J’étais resté en contact avec l’Américain qui m’a libéré. Il devait me procurer des papiers pour partir en Amérique. Mais ensuite j’ai rencontré ma femme… »

Plus tard, Jo et son épouse Rachel rentrent en France. Jo s’installe à son compte, devient tailleur. Son affaire prospère. Plusieurs enfants naissent de cette union, dont Claudine l’aînée.

« Une odeur de chair et de cheveux brûlés flotte constamment dans l’air. Les fours incinérateurs ne suffisent plus, on a creusé en lisière de la forêt de grandes fosses où l’on entasse les cadavres avant de les arroser d’essence, comme à Chelmno ou à Treblinka ».

Joseph Wajsblat est mort à Paris le 18 juin 2014, à l’âge de 85 ans.

Sources.

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