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Réserve Citoyenne

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Réserve Citoyenne du Gouverneur Militaire de Paris


Au Stand de Tir de Balard - 1.

Publié par Réserve Citoyenne Armée de Terre IDF sur 22 Octobre 2017, 20:31pm

Catégories : #Mémoire

Au Stand de Tir de Balard - 1.

 

 

1 – Création du Stand de Tir :

 

Le Stand de Tir de Balard fut créé en 1938 sur les terrains de l’Ecole Supérieure de l’Aéronautique. Il était destiné à l’entraînement des jeunes militaires. Les policiers venaient également s’y entraîner. Nous n’avons pas trouvé les raisons qui expliquent le choix de l’emplacement. Le Stand de Tir comportait deux pas de tir : le premier à 200m et le second à 50m.

 

2 – Lieu d’implantation :

 

Le lieu d’implantation du Stand de Tir a fait couler beaucoup d’encre. Etait-il sur la commune de Paris ou d’Issy-les-Moulineaux ? Les deux serions-nous tenté d’écrire. En fait, le Stand de Tir fut bâti sur l’ancien Champ de Manœuvres, endroit fort connu des anciens isséens, et qui fut berceau de l’aviation. Ce camp d’essais était situé à cheval sur les deux communes actuelles.

 

La localisation exacte du Stand de Tir, comme le montre le plan ci-après le situent juste au-dessus de l’actuel boulevard périphérique, à gauche de l’avenue de la Porte de Sèvres, quand on vient d’Issy. Plus précisément, il se situait sur la parcelle Ouest (dénommée également Parcelle A par les services de la Direction de l’Infrastructure de l’Armée de l’Air).

 

Un plan de 1963 montre également que le Stand de Tir se situait au sud des Services Techniques de la Marine Nationale.

 

3 – L’occupation allemande de 1940 et 1941 :

 

Après l’invasion de mai 1940, l’ensemble des bâtiments du ministère de l’Air et ceux jouxtant ce ministère, sont occupés par la Lutwaffe. L’armée et la police allemande s’installent dans plusieurs endroits de la capitale (hôtels, casernes, bâtiments administratifs) ; le plus célèbre étant l’hôtel Meurice sur la rue de Rivoli.

 

Depuis 1939, la police allemande est composée de la Geheime Staatspolizei (Gestapo – police secrète d’Etat) et du Sicherheitsdienst (SD – Service de Sécurité) de la SS (Schutzstaffel – initialement chargé de la protection du Führer, Adolf Hitler, puis devenu véritable Etat dans l’Etat). L’ensemble porte le sigle RSHA (Reichssicherheitshauptamt – Direction de la Sécurité du Reich).

 

Au départ, la Résistance française se manifeste principalement à l’extérieur, sous l’égide du général de Gaulle. C’est cette puissance qu’on appelle la France Libre, composée des Forces Françaises Libres. Peu à peu, d’abord sous forme d’actions de renseignement avant de passer à des actions de sabotage, d’exécution ou de signes contre l’Allemagne nazie, la Résistance française se montre également à l’intérieur du territoire national, que ce soit en Zone Occupée ou en Zone Libre.

 

4 – Le « tournant » de 1942 :

 

1942 marque un tournant. Il s’agit de la conjonction de la nomination d’un nouveau chef pour la police allemande, la collaboration accélérée et systématique de la police française et l’unification de la Résistance française par le préfet Jean Moulin, donc des actions de plus en plus visibles.

 

4.1 – L’application du décret d’Adolf Hitler :

 

Le 9 mars 1942, Adolf Hitler signe un décret qui dote la France d’un Chef suprême des SS et chef de la police, en la personne de Karl Oberg. Ce chef est en outre chargé d’organiser les rapports avec la police française.

 

Dès le mois d’avril, la Gestapo s’introduit en Zone Libre et commence ses enquêtes. Le décret entre en application en mai ; en juin, Karl Oberg prend ses fonctions (identiques à celles d’Himmler en Allemagne) et s’installe boulevard Lannes. Sous son commandement, deux entités sont créées : le BdS (Befehlshaber der Sicherheitspolizie und des Sicherheitsdienstes – 2.500 hommes), dont le quartier général se trouve avenue Foch (Helmut Knochen en est le directeur), et l’Ordnungspolizei (ORPO, de l’ordre de 2.400 hommes), dont le chef est von Schweininchen et qui s’installe rue de la Faisanderie.

 

En juillet 1942, Karl Oberg rencontre René Bousquet, Secrétaire général de la police française depuis le mois d’avril Ils se mettent d’accord pour collaborer. Adam Rayski, dans son ouvrage Au Stand de Tir en reprend les éléments principaux :

 

  1. « Autant que possible, communication au préalable au Secrétaire Général à la Police, de toutes les mesures de principe qui touchent le travail commun.
  2. Communication à la Police française, des instructions d’ordre général, par la voie administrative française, pour autant que l’urgence ne s’oppose pas à cette réglementation, et ceci pour obtenir une direction unifiée et énergique de la Police française.
  3. Collaboration étroite entre les Commandants de la Police de la Sûreté, les Commandants des S.S., les préfets régionaux et les services subalternes de la police, pour l’exécution de toutes les mesures policières.
  4. Il est posé en principe que les mesures de représailles (exécutions et déportation) seront exercées, à l’avenir, seulement à l’égard des personnes qui n’auront été ni désignées par la police française aux services dépendant du Commandement des S.S. et du Chef de la Police, ni arrêtées par elle.
  5. Poursuite, par les autorités françaises, des délits politiques qui ne sont pas dirigés directement contre les intérêts du Reich allemand.
  6. Armement meilleur de toute la police française.
  7. Création de groupes mobiles de réserve.
  8. Création d’écoles pour augmenter le rendement et la puissance de choc dans la lutte contre les ennemis communs ».

 

De plus, dans une ordonnance, Karl Oberg écrit :

 

« J’ai constaté que ce sont souvent les proches parents d’auteurs d’attentats, des saboteurs et des fauteurs de troubles, qui les ont aidés avant ou après leur forfait. Je me suis donc décidé à frapper des peines les plus sévères non seulement les auteurs mais aussi, au cas où ils seraient en fuite, les familles des criminels s’ils ne se présentaient pas dans les dix jours à un service de la police allemande ou française. En conséquence, j’annonce les peines suivantes :

 

  1. Tous les proches parents masculins, les beaux-frères et cousins des fauteurs de troubles au-dessus de l’âge de dix-huit ans seront fusillés.
  2. Toutes les femmes parentes au même degré, seront condamnées aux travaux forcés.
  3. Tous les enfants de toutes les personnes ci-dessus âgés de moins de dix-huit ans seront confiés à une maison de redressement. »

 

4.2 – La réorganisation de la police française :

 

René Bousquet a donc été nommé Secrétaire général de la police en avril 1942. il commence par la réorganiser ainsi :

 

  • La loi du 23 avril 1941 créé la police nationale avec trois sections :
    • La Sécurité publique pour le corps de police urbains.
    • La police judiciaire (connue sous le nom de son sigle – PJ).
    • Les Renseignements généraux (RG).

 

  • Dissolution de la police anti-juive et son remplacement par les Brigades Spéciales (BS) des Renseignements généraux : 10 % des effectifs de chaque commissariat est dédié à la traque des ennemis du régime : dissidents, prisonniers évadés, juifs, résistants, puis, plus tard, les réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire).

 

  • Création des Groupes mobiles de réserve (GMR, dont l’idée sera reprise plus tard au moment de la création des CRS – Compagnies républicaines de sécurité). Enfin, une école de la police nationale est ouverte à Lyon. Plus tard, l’ensemble du dispositif sera complété par l’ajout de la Milice, mise au point par Joseph Darnand.

 

Avec son adjoint Jean Leguay, René Bousquet va ouvrir la voie à la collaboration active avec Karl Oberg. Les conséquences immédiates de cette collaboration sont :

 

  • Pierre Laval, chef du Gouvernement de Vichy, annonce à la radio la mise en place de la « Relève », qui engendrera le STO : pour trois travailleurs français partant en Allemagne, aider à l’effort de guerre, un prisonnier de l’Armée française sera libéré. « Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle le bolchévisme s’installerait partout » ajoute-t-il.
  • La Rafle du Vel’ d’hiv – juillet 1942 au Vélodrome d’Hiver à Paris, situé à l’angle du boulevard de Grenelle et de la rue Nélaton – où 12.884 juifs sont rassemblés avant d’être envoyés vers les Camps de la mort.
  • Une chasse active envers tous les « terroristes » qui œuvrent contre les intérêts du Reich et de ses alliés.
  • La trahison de l’Etat français à l’encontre des populations juives de la Zone libre : Pierre Laval, chef du Gouvernement de Vichy fait livrer des milliers de juifs réfugiés dans cette zone.

 

Il faut ajouter que la rue Lauriston, donc à quelques encablures de Balard, abritait la Carlingue, officine dirigée par l’ancien policier Jacques Bonny et son adjoint, Henri Lafont, et qu’à ce moment-là, elle va considérablement aider les Allemands dans la traque des Résistants et des « terroristes ».

 

4.3 – L’unification et l’intensification des actions de la Résistance française :

 

Dans l’ouvrage La France au combat (éditions Perrin), Georges Caïtucoli, ancien de la France Libre, écrit ceci : « Au début de 1942, la Résistance est sortie de la phase initiale caractérisée par la multiplication d’initiatives isolées et fragiles. »

 

Des groupes comme Libération-Nord, l’Organisation Civile et Militaire, Front National s’organisent et font parler d’eux en Zone Occupée. D’actions de contestations (placardage d’affiches, mise en point de journaux clandestins), elles se transforment en acte de sabotage et d’assassinats, même si le total de 200 soldats allemands tués dans toute l’année 1942 peut apparaître comme infime.

 

5 – Les bourreaux du Stand de Tir :

 

Dans son livre, Adam Rayski présente les bourreaux du Stand de Tir. Il s’agit de la GFP et de groupes associés, appuyés et renseignés par la police française.

 

En 1942, Karl Oberg fait renaître à Paris la GFP (Geheime Feld Polizei), police militaire secrète, organe exécutif de l’Abwehr, contre-espionnage du Reich. Il s’agit d’accélérer la traque des Résistants.

 

Le « groupe 6/10 » est créé : il s’agit d’un « Kommando für Kapital Verbrechen », ou crime suprême, dont les hommes vont administrer le Stand de Tir en véritables barbares. En cela, ils seront aidés pour les filatures, les traques, les interrogatoires et les tortures par la Brigade Spéciale n°2 de la préfecture de Police de Paris.

 

6 – Les victimes :

 

A ce jour, nous n’avons pas trouvé les raisons qui poussaient les autorités allemandes à choisir le Stand de Tir ou le Mont Valérien, ou d’autres lieux encore, pour exécuter les Résistants et prisonniers.

 

Au Stand de Tir, 143 personnes (répertoriées) sont fusillées entre 1942 et 1944. Sur ces 143 personnes, 54 avaient moins de 25 ans, 22 avaient entre 18 et 20 ans, 4 n’avaient que 17 ans.

 

Les massacres commencent le 6 juillet 1942. Certaines journées voient les exécutions se succéder sans interruption : 6, le 20 août 1942 ; 12, le 28 août 1942 ; 17, le 5 octobre 1942 ; 15, le 21 octobre 1942 ; 16, le 7 mars 1944.

 

Parmi les fusillés, il convient de citer :

 

  • Les martyrs du lycée Buffon : Jean-Marie Arthus (15 ans), Jacques Baudry (18 ans), Pierre Benoît (15 ans), Pierre Grelot (17 ans) et Lucien Legros (16 ans).
  • Robert Beck, qui dirige un réseau de renseignements pour le compte de l’Internationale communiste.
  • Charles Bergeyre. En février 1941, il participe aux sabotages des usines Renault et protège la manifestation du 14 juillet 1942.
  • André Bernardeau, qui fait partie de Résistance-Fer.
  • Mary-Emile Besseyre, un des responsables des FTP de Paris, avec Gaston Carré et Raymond Losserand. Ils seront tous les trois fusillés.
  • Gaëtan Charpentier, membre du réseau Hector.
  • Georges Demesy, responsable des FTP de Villiers-sur-Marne.
  • René Dervaux, médecin engagé aux FTP en 1941.
  • Fernand Drouin, officier du 2ème Bureau de l’Air, agent de renseignement ayant, entre autres, organisé le passage de parachutistes anglais et canadiens en Zone libre.
  • Engros : famille de trois frères : Marcel, né le 20 décembre 1917, exécuté au Mont-Valérien le 23 mars 1942 ; Lucien, né le 15 mai 1920, torturé et massacré au Stand de Tir, le 28 août 1942 ; André, né le 21 novembre 1926, condamné à mort et fusillé au Mont-Valérien le 19 janvier 1943. Leur mère disparaît mystérieusement pendant cette période et n’a jamais reparue. Adam Rayski évoque l’hypothèse d’un rapt et d’une élimination par la Gestapo.
  • Maurice Feld, qui participe de nombreuses actions contre la Wehrmacht.
  • Fontaine père et fils : Jules Eugène, 39 ans, responsable FTP pour la région de Fougères, et son fils, Roger Joseph, 17 ans – mais 13 ans au moment de son entrée dans la Résistance – sont arrêtés en novembre 1943, alors qu’ils ont derrière eux plusieurs actes de sabotage, des déraillements, des coups de mains et des attaques à la grenade contre la feldgendarmerie locale.
  • René Froment, pilote d’essai, membre du réseau du Musée de l’Homme.
  • Georges Herrewyn, commissaire – lieutenant – aux opérations régionales (Bonnières, Mantes, Sartrouville, Versailles, Conflans) des FTP.
  • Raymond Jaclard, 24 ans, très tôt engagé dans les combats de la Guerre d’Espagne, il poursuit son engagement après 1940.
  • Ernest Julien Laval, tourneur, membre du réseau Front National.
  • René Legrand, Directeur de Service à la Compagnie France Navigation.
  • Emile Louys, capitaine au ministère de l’Armement, membre du BCRA (Bureau Central de Renseignements et d’Action), service monté par le colonel Passy, alias André Dewavrin, sous l’autorité du général de Gaulle.
  • Pierre Rebière, il participe à la Guerre d’Espagne – il est blessé à Madrid en 1937 – dans les Brigades Internationales. Il fait partie des créateurs de l’Organisation Spéciale, puis des FTP, dont il entraîne les premières troupes.
  • René Rodier, jeune résistant FTP sous les ordres du colonel Fabien.
  • Rémy Roussel, membre du réseau de résistance Libération-Nord, chef de groupe FTP.
  • Cadix Sosnowski, 17 ans, étudiant, membre de l’Union de la Jeunesse Juive, il s’engage dans un groupe de FTP d’Issy-les-Moulineaux.
  • René Vouhe, il s’engage dans les FTP en décembre 1941 sous les ordres de Jean Debrais.

 

 

Le Stand de Tir était placé au nord de l'actuel boulevard périphérique.

Le Stand de Tir était placé au nord de l'actuel boulevard périphérique.

Les cinq martyrs du lycée Buffon.

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