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Réserve Citoyenne

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Réserve Citoyenne du Gouverneur militaire de Paris


Hommage au 2e Choc et à Pierre Morel.

Publié par Réserve Citoyenne Armée de Terre IDF - CDT Rignault sur 11 Juin 2016, 10:58am

Catégories : #Actualités

Devant le monument aux morts - Lycée Janson de Sailly, le jeudi 19 mai 2016.
Devant le monument aux morts - Lycée Janson de Sailly, le jeudi 19 mai 2016.

Il convient de signaler deux sorties faites récemment par des élèves du lycée parisien Janson de Sailly :

1 – Le 19 mai 2016, le lycée a reçu le drapeau du 2e bataillon de choc issu de Janson en 1944. La journée s'est déroulée ainsi en présence des maires de la vallée de la Doller où se situaient les lieux de combat avec une messe à la chapelle du lycée célébrée par l'aumônier du 2e Choc (il a 93 ans !), suivie d’un échange entre les élèves et les derniers grands anciens en salle Clermont. Ensuite, s’est déroulée une commémoration devant le monument aux morts, avec le passage du drapeau, le Chant des Partisans, le chant du 2e Choc puis une minute de silence et Marseillaise à deux voix. La journée a été complétée par la suite par le ravivage de la Flamme à l'Arc de Triomphe et enfin un dîner avec les Anciens.

2 – Le 24 mai 2016, cérémonie au Luxembourg en hommage aux étudiants et lycéens morts pour la France : les élèves de 1ère S6 ont préparé une réponse au texte de Pierre Morel (1) qui était le grand Témoin cette année. Voici ce texte :

« Nous sommes aujourd’hui en 2016 plus de 70 ans après les atrocités de la Seconde Guerre mondiale, en ce jour de commémoration en l’honneur des étudiants et lycéens morts pour la France. Avec respect nous avons lu et étudié le rapport rédigé par le « Captain Salmon » retraçant votre parcours de résistant pour rejoindre l’Angleterre car vous vouliez participer aux combats pour libérer la France occupée par la puissance nazie.

Vos mots ont donné corps à une situation que nous ne connaissions que par l’école et l’enseignement de nos professeurs, la Résistance.

Vous aviez 17 ans, l’âge de l’adolescence, des études, de l’insouciance. Vous aviez le même âge que nous et pourtant nos situations sont tellement différentes. A 17 ans vous avez pris conscience que la France avait, après l’armistice du 22 juin 1940, perdu sa liberté et son unité.

A 17 ans vous avez décidé de réagir par des mots et des actes et d’entrer en résistance par des mots et des actes.

Des mots : votre première arme fut la craie. Cela pouvait sembler anodin mais tracer des « V » et des croix de Lorraine c’était montrer son rejet de la résignation, montrer qu’il existait peut-être une autre façon de se comporter que de se taire.

Des actes aussi : en septembre 1941, en Bretagne vous recherchez au sein d’un groupe de résistance des terrains de parachutages pour les armes et les munitions, une mission qui vous semblait banale mais qui plantait les germes du combat contre l’indifférence et la soumission.

La Résistance se traduit aussi par cet incroyable voyage, leçon de courage, hymne à la liberté et à la vie.

En effet votre texte relate l’incroyable voyage d’un jeune homme de 17 ans tant en kilomètres qu’en temps. Ce voyage de Rennes à Paris, de Tarbes à Gap vous a fait traverser la France entière, connaître les prisons de Lerida et de Saragosse, le camp de concentration de Miranda et au-delà de l’Angleterre l’Alsace et les poches de l’Atlantique. Ce voyage de quatre ans est une preuve de courage, de solidarité de détermination pour recréer une France libre. Ce voyage, témoignage de la souffrance physique et morale nous montre aussi combien il est difficile de vivre avec la peur toujours présente, peur de voir sa famille emprisonnée à cause de soi, peur de ne pouvoir rentrer chez soi, peur de l’arrestation.

C’est une leçon de courage mais aussi un hymne à la liberté. Vous avez su nous faire comprendre le sens de l’article 3 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». Pour redonner aux autres la jouissance de ces droits, vous avez fait le choix de délaisser cette sécurité en quittant le cocon familial, en vous lançant dans une cavale hors-normes et en souffrant de ne pouvoir apporter une aide salvatrice à toutes celles et tous ceux que vous avez vu tomber les uns après les autres : des condamnés innocents, des amis, des êtres chers qui défendaient avec conviction les valeurs que vous vouliez transmettre aux générations futures.

Ce voyage est donc enfin un hymne à une vie droite, fière, fidèle à des valeurs qui font le lien entre les citoyens. Vous nous montrez ce qu’est se battre, ne jamais renoncer à se soumettre, ne jamais se décourager face aux échecs comme ce fût le cas lors de la tentative d’évasion par la mer en décembre 1943.

Ce récit nous renvoie à notre propre existence et nous questionne. Certes, la Gestapo les nazis sont un temps révolu mais pourtant les événements récents nous font comprendre que les événements passés sont plus proches de nous qu’au premier abord.

C’est d’abord de l’émotion car nous saisissons mieux notre rôle de « transmetteurs de mémoire ». En effet nous sommes la dernière génération à recueillir ces témoignages directs : ainsi la grand-mère de l’un d’entre nous a pu, comme vous l’avez fait vous-même, lui raconter comment elle avait été aidée, recueillie et sauvée par les Résistants, comment son grand-père avait à l’âge des 18 ans rejoint un groupe de Résistance. Si nous ne transmettons pas ces récits, nous manquerions à leur mémoire, réduirions leurs combats et condamnerions leurs efforts à l’oubli.

C’est aussi un appel : votre engagement à 17 ans nous renvoie à notre propre engagement au sein de la République : vous nous montrez qu’il n’y a pas d’âge minimum pour s’engager, pas d’âge pour porter de grandes responsabilités étant donné que vous étiez encore écolier lorsque vous avez eu vos premiers contacts avec la Résistance. Nous devons donc réfléchir à ce combat initié par les événements récents de janvier et de novembre 2015 en nous construisant un esprit de résistance fondé sur les valeurs communes de la République.

Enfin, ce que nous admirons enfin, c’est votre simplicité : après quatre années de lutte clandestine, vous avez repris vos études et vous avez réalisé vos projets : être chirurgien-dentiste. Vous avez repris votre vie comme si vous aviez fermé la parenthèse de la guerre alors que vous veniez de participer à des actions exceptionnelles. C'est pour cela que nous élèves de 1ère S6 du lycée Janson de Sailly" au nom de tous les élèves ici présents nous vous remercions de votre action plus que courageuse.

Si nous vivons dans cette société qui laisse les gens libres de penser et d’agir comme bon leur semble, c’est grâce à vous. Nous vous en serons éternellement reconnaissants ».

LECTEUR : Stanislas Degand, Dan Sitbon

PORTE-GERBES : Paul de Singly et Esther Edery

PORTE-DRAPEAU : Elie Nébot

  1. Né en 1923, Pierre Morel, chirurgien-dentiste, résistant au sein d’un réseau action du SOE britannique (Special Operation Executive), le réseau Oscar Parson de François Vallée (déporté puis exécuté en 1944). Pierre Morel est commandeur dans l’ordre national de la Légion d’honneur, Croix de guerre 39-45, est également titulaire de la Médaille de la Résistance, Médaille des Evadés, King’s Medal for Courage in the Cause of Freedom (UK), Medal of Freedom (USA).

Marielle VICHOT

Commandant dans la Réserve Citoyenne – Groupe Eduction – Jeunesse.

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